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Le versant sud sud-ouest des îles s’élève à plus de 120 mètres au-dessus des flots, tandis que le versant nord nord-est est léché par la mer : c’est là qu’ont été construits les quelques villages des îles.
Un peu d’histoire : Les historiens ont du mal à connaître la véritable raison pour laquelle des hommes se sont installés sur ces îles inhabitables. Ce qui est sûr, c’est qu’ils se sont attachés à les rendre cultivables, en creusant pendant des siècles des sillons dans la roche, en y mêlant des algues et du sable qui en pourrissant formèrent un humus propice à la culture de la pomme de terre et au développement d’herbe grasse, un régal pour le bétail. Avec la roche extraite du sol, ils construisirent des murets de pierre à perte de vue, dont le rôle était de limiter l’érosion par le vent et de contenir le bétail. On évalue à 1 600 kilomètres la longueur totale des murets sur les 3 îles !
Entre le 5è et le 7è siècle, des moines s’installèrent sur les îles, fondant des établissements religieux dont on voit encore les vestiges aujourd’hui. A partir du 14è siècle, les îles sont contrôlées par deux familles gaëliques, les O’Brien et les O’Flaherty, avant que l’Angleterre n’y impose son pouvoir.
Parallèlement à Galway, dont elles gardent l’entrée de la baie, les îles déclinent au fil des siècles. Si bien que jusqu’au 20è siècle, elles conservent leurs traditions ancestrales : le gaëlique irlandais y est encore couramment parlé et on peut encore voir quelques vieilles femmes porter le costume traditionnel (courant jusque dans les années 30). Une vie extrêmement dure de paysans pêcheurs : Les habitants de l’île vivaient dans de petites masures de deux pièces, une cuisine et une chambre, à peine éclairées par de petites fenêtres. La cuisine comprenait toujours deux portes, l’une donnant au sud, plus protégée des vents dominants, l’autre au nord. Pendant des siècles les habitants des îles d’Aran ont vécu sans montre et ont ignoré notre façon de marquer le temps. Si le vent soufflait du nord, ils laissaient la porte du sud ouverte, et l’ombre du chambranle de la porte, fonctionnant comme un cadran solaire, leur indiquait combien il restait de temps avant le crépuscule. Si le vent changeait, les gens ouvraient la porte du nord... et ils n’avaient plus aucune idée du temps ! Cela donnait lieu à des scènes assez curieuses : un visiteur, se promenant dans un village animé, avec des femmes filant sur le pas de leurs portes, pouvait trouver toutes les portes closes et le village désert à son retour : le vent avait tourné.
Des vêtements entièrement faits à la main : Jusqu’à la veille de la première guerre mondiale, les gens s’habillaient de vêtements entièrement faits à la main: les femmes filaient et tissaient ou tricotaient la laine de leurs moutons, elles fabriquaient notamment une sorte de tweed particulièrement coloré en mélangeant de la laine teinte avec de l’indigo à de la laine ayant conservé sa couleur naturelle. Jusqu’à l’âge de 8-9 ans les garçons portaient les mêmes jupes que les filles, car les habitants des îles, très superstitieux, étaient convaincus que les fées qui enlevaient les petits garçons seraient trompées par ce stratagème. Les femmes, qui s’habillaient en général de vêtements sombres, portaient pour certaines cérémonies (enterrements) des jupes d’un rouge écarlate. Les hommes ne se séparaient jamais d’un chapeau noir, et d’une ceinture, le “criss”, très colorée, tissée par les femmes.
Chaussettes, casquettes, écharpes, tout était tissé ou tricoté avec de la laine locale: les habitants des îles vivaient pratiquement en autarcie, achetant le minimum à l’extérieur… essentiellement du “turf” (de la tourbe), transportée par des “hookers”. Plus pauvres que le reste des Irlandais : Vivant dans un pays qui, au début du 20e siècle, était le plus pauvre de l’Europe, les habitants des îles étaient beaucoup plus pauvres que le reste des Irlandais: ils ne mangeaient pratiquement jamais de viande, sauf un peu de bacon, et leur nourriture se composait de poisson frais, ou plus souvent salé, de pommes de terre et de pain, les pommes de terre et le pain formant l’ordinaire.
À de rares exceptions près, les habitants des îles étaient d’abord des pêcheurs qui passaient la plus grande partie de leur temps en mer, à bord de frêles embarcations : les “curraghs” des îles d’Aran faits de toile tendue sur une armature de lattes de bois et enduite de bitume. Ce sont des esquifs sans quille, des canoës étroits, à la proue effilée, à la poupe carrée, équipés de 2 à 4 bancs, sur lesquels s’assoyent les rameurs (un par banc) et parfois un barreur. Mesurant de sept à huit mètres de long, les “curraghs” sont relativement légers et portés assez facilement par deux hommes jusqu’au rivage. S’endommageant fréquemment sur les rochers, ils sont aussi facilement réparés.
Pendant des siècles, les pêcheurs des îles d’Aran ont pêché, avec des filets ou des lignes, à bord de ces embarcations qui semblent dérisoires dès que la mer est un peu grosse. Aucune autre embarcation n’était utilisable car les îles ont été dépourvues pendant très longtemps de la moindre jetée et n’ont aucun port naturel. Les “hookers” qui assuraient le transport du bétail, vaches et cochons, ou du “turf”, entre le Connemara, Galway et Doolin, et les trois îles, devaient être chargés ou déchargés avec les “curraghs”, ce qui donnait lieu à des scènes assez pittoresques... Tous les étrangers qui sont montés à bord d’un “curragh” par mer un peu démontée en gardent un souvenir terrifié.
Les pêcheurs doivent parfois attendre une heure avant de lancer leur canoë à la mer; profitant d’une brève et relative accalmie, ils poussent alors le canoë entre les rochers, en ramant avec une rapidité extraordinaire pour s’éloigner du rivage avant qu’une lame trop grosse ne les écrase. Quand la mer est forte, le “curragh” est parfois tellement incliné qu’une personne assise à la poupe a l’impression d’être juchée sur... une échelle ! Même avec deux ou trois pêcheurs à bord les “curraghs” sont des embarcations tellement légères que la moindre faute d’un rameur la fait tourner de 90 degrés. Par mauvais temps il en faut moins pour être emporté et écrasé. Mais les marins ne redoutent pas tant le mauvais temps que le brouillard : parfois un épais brouillard recouvre toute la baie de Galway pendant plusieurs semaines avant de se dissiper. Certains pêcheurs ont eu la chance de se retrouver, épuisés mais vivants, sur la côte du Connemara. D’autres moins chanceux ont péri en mer dans des conditions atroces. Il n’y a pratiquement pas une famille qui n’ait un parent mort en mer. Un dicton local résume bien l’état d’esprit des marins d’Aran : “Un homme qui n’a pas peur de la mer se noiera très vite, car il sortira en mer un jour où il ne devrait pas... mais nous avons peur de la mer, et cela ne nous empêchera pas de périr noyés”. Les accidents étaient finalement assez rares, et le plus souvent dus à l’ivresse; mais quand une embarcation disparaissait, c’était terrible pour la famille concernée: elle perdait en même temps un père et deux ou trois de ses fils; tous les membres actifs de la famille ayant ainsi disparu, la veuve plongeait avec ses enfants dans la misère la plus totale.... Les îles à l’époque actuelle : * Inishmore : C'est la plus grande île (13 km de long), et la plus peuplée avec 831 habitants (au recensement de 2002). Le port de Kilronan (Cill Rónáin) est le principal village de l’archipel avec 270 habitants. Il est conseillé de louer un vélo à la sortie du bateau afin de pouvoir découvrir les curiosités touristiques, mais une journée entière ne suffit pas, mieux vaut donc rester dormir sur l’île ou alors se contenter de visiter quelques sites. Des minibus font également le tour de l’île, mais évidemment ça a moins de charme ... Hors saison d'été, il est possible, de marcher toute la journée en ne rencontrant quasiment personne.
Cette île présente de nombreuses anciennes fortifications en ruines, des églises et des monastères construits au début de l'ère chrétienne. Parmi ceux-ci se trouve le Tempall Brecan, du 9è siècle et la maison de Sainte-Edna qui fut la plus importante communauté religieuse d'Inishmore pendant toute la période médiévale.
On y trouve plusieurs forts de l’âge du fer : Dun Aengus (Dún Aonghasa), le fort noir orienté vers le large, construit en demi-lune il y a environ 3000 ans. Il est situé au bord des impressionnantes falaises d'Inis Mór, qui permettent à des milliers d'oiseaux de mer de nicher (l’autre moitié du fort a probablement été précipité dans la mer par un effondrement de la falaise). En bas des falaises, l'océan explose contre le roc en gerbes d'écumes donnant naissance à une brume vaporeuse, des pingouins et des milliers d'oiseaux y ont trouvé leur paradis. Deux autres forts : Dún Dúchathair et Dún Eoghanachta en bon état de conservation. Ces monuments ont bénéficié récemment d’une campagne de mise en valeur afin de les préserver et de faire face à un nombre toujours plus important de visiteurs.
Dun Aengus
Dún Dúchathair
Dún Eoghanachta * Inishmaan : C'est la moins peuplé des 3 îles avec seulement 187 habitants ; Ici, pas de voiture ! L’île d’Inishmaan, l’île du milieu, mesure 5 km de long et 3 km de large, une taille idéale pour en faire le tour à pieds. Comme sur Inishmore, forts circulaires et ruines de pierre sont les principales curiosités. On peut y admirer un fort pittoresque : le Dun Conor. Inishmaan entre autres, est coiffée de quelques ruines à son sommet.
Des murets de pierre absolument partout forment un véritable labyrinthe. Nulle part au monde, une communauté humaine n'a construit autant de murs que sur les îles d'Aran. Chaque champ résulte du défonçage de la dalle calcaire, du patient amoncellement de débris de roche pour former des brise-vent et retenir l'humus fabriqué à partir d'algues décomposées. En pourrissant, cette mixture a permis de rendre la terre fertile, ce qui permis la culture de pommes de terre.
Une grande authenticité règne dans cet endroit. Un superbe cottage traditionnel vieux d'environ deux siècles rappelle Tomás Ó Criomhthain (l'Homme des îles). Son toit est une véritable forêt à lui tout seul avec des branchages, des feuilles et de la paille où les poules aimaient à nicher. * Inisheer : La plus petite, la plus sauvage des îles d'Aran, est aussi la plus proche du continent (8 kilomètres, 30 minutes depuis Doolin). Elle compte 262 habitants en 2002. Hormis les ruines d’un château du 15e siècle, l’île ne présente pas de curiosités particulières et attire donc peu les touristes. Un bon endroit pour se ressourcer donc !
Ces îles constituent le plus beau témoignage de la mythologie irlandaise. Le paysage y est magnifique. Lors du voyage en Ferry pour s'y rendre, la vue sur les falaises de Moher est imprenable. La pêche y fut toujours la principale activité économique et certains insulaires utilisent encore les méthodes de pêche de leurs ancêtres.
Le mode de vie rigoureux des pêcheurs de ces îles fut le sujet d'une pièce de théâtre, À cheval vers la mer (1904), du dramaturge irlandais John M. Synge, et d'un célèbre film documentaire de Robert Flaherty, L'Homme d'Aran (1934), dont voici un bref résumé : Sur une île aride de l’archipel d’Aran, près des côtes irlandaises, une famille récolte le limon et le varech qui servent aussi bien à construire la maison qu’à améliorer le rendement d’un sol peu fertile. Sous le regard des femmes qui attendent, les hommes se livrent à la chasse au requin pèlerin, sur une barque étroite, à l’aide d’un seul harpon muni d’une simple corde. Parfois la bête s’échappe. Il faut recommencer : l’huile du foie de requin alimentera les lampes du foyer. Au retour, sur la mer déchaînée, la barque se brise…
Les coutumes des îliens, dont la plupart parlent gaélique et tiennent des ceilidh, (réunions de musique, de danse et de poésie), attirent les touristes sur l'île.
Les autres attractions sont les plages magnifiques et les sites historiques de la région. La plage de Kilmurvey, à l’ouest de Kilronan, se trouve au fond d’une baie abritant une colonie de phoques gris. A la sortie de Kilronan, le Aran Heritage Centre présente une exposition permanente sur la géologie, la faune, la flore, l’histoire et la culture des îles d’Aran.
Kilmurvey beach Une atmosphère singulière baigne cette terre de bout de monde que les embruns traversent littéralement et où l'on voit poindre de partout les flots et d'étranges monolithes acérés.
Peu d’îles ont un aspect aussi tourmenté, aride et inhospitalier que les îles d’Aran, et pourtant ces trois îlots, qui se dressent à peine au-dessus des flots, ont depuis toujours été un refuge pour les hommes, qui aujourd’hui encore, s’accrochent à ces îlots dont l’isolement leur permet de conserver (pour combien de temps encore?), les traditions gaéliques qui se perdent de plus en plus dans le reste de l’Irlande.
Aujourd'hui, quelques habitants ont développé une activité de gîtes verts, sous forme de simples mais chaleureux "bed & breakfast" avec leurs cottages aux murs blancs, leurs cheminées au feu de tourbe, et leur étonnant mélange d'anglais et de gaélique.
Sur ces îles, on parle toujours essentiellement le gaélique, certaines traditions sont conservées. En sus du tourisme vert, il s'est développé un intéressant artisanat du tricotage à la main de pulls en pure laine, tels qu'en portent les marins, des ceintures tressées, mais aussi la fabrication de pampooties (chaussures sans talon en peau de mouton ou de vache), et la construction de curraghs (bateaux en toile goudronnée très résistants dans les tempêtes).
Pour se rendre sur les îles d'Aran
Les îles étant entourées d’eau, elles sont accessibles ... par bateau et par un petit avion !
Pendant la période touristique, depuis Doolin (comté de Clare), des bateaux assurent la liaison vers Inisheer (en 30 minutes), Inishmaan et Inishmore.
Pour atteindre l’île hors saison, il faut partir de Rossaveal, dans le sud du Connemara, 40 kilomètres à l’ouest de Galway. Deux compagnies assurent la liaison : Aran Island Ferries (qui dessert les 3 îles) et Queen of Aran II (qui dessert uniquement Inishmore). Le trajet dure 45 minutes depuis Rossaveal, 45 minutes qui peuvent paraître une éternité quand la mer est agitée et que le mal de mer vous prend aux tripes ! En saison, la compagnie Aran Island Ferries dessert Inishmore directement depuis Galway (trajet beaucoup plus long que depuis Rossaveal évidemment).
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